PV
Personne ne se jetterait dans un lac sans savoir nager. Pourtant, nombre de jeunes conducteurs se lancent sur des routes glissantes sans savoir comment les apprivoiser.
J’approche d’un virage glacé au volant d’un utilitaire sport compact. Gonflé à bloc par les quatre roues motrices et les pneus d’hiver, je ralentis à peine ma cadence de 40 km/h avant d’aborder la courbe. Évidemment, le petit 4x4 part dans une lente, mais incorrigible glissade des quatre roues. Braquage, freinage, coup d’accélérateur, rien n’y fait : la sortie de route est inéluctable. Le régulateur de stabilité échoue aussi à remettre le véhicule sur le droit chemin.
Une formation inadéquate
Ce dérapage a eu lieu au beau milieu du lac des Deux-Montagnes, sur une piste où Protégez-Vous évaluait la tenue de route hivernale de quatre petits multisegments. Comme tant d’autres conducteurs québécois, je connaissais les principes de la maîtrise d’un véhicule en dérapage… sans jamais les avoir exercés.
Voilà le problème : la formation incluse dans les cours de conduite ne fait qu’effleurer le sujet de l’hiver. C’était le cas il y a une quinzaine d’années, lorsque j’ai obtenu mon permis de conduire, et ça l’est encore aujourd’hui.
Le gouvernement du Québec avait pourtant une chance en or de corriger cette omission en janvier 2010, lorsqu’il a réintroduit les cours obligatoires pour tous les nouveaux conducteurs. La structure du programme fait alterner les leçons théoriques avec les séances d’exercices routiers sur une période d’au moins 13 mois, si bien que la quasi-totalité des élèves « sortent » au moins une fois durant l’hiver. Voilà déjà un (petit) pas dans la bonne direction.
Le hic : aucune des 15 heures de formation pratique n’est consacrée aux techniques de maîtrise d’un véhicule en situation d’urgence. C’est une chose de savoir qu’il faut contrebraquer pour annuler un dérapage des roues arrière, mais c’en est une autre d’expérimenter la manœuvre au volant d’un vrai véhicule !
Des leçons à tirer
Année après année, le nombre d’accidents avec dommages matériels impliquant des conducteurs de 16 à 24 ans s’avère significativement plus élevé en décembre, janvier et février que durant les autres mois de l’année, selon des données établies par la Société de l’assurance automobile du Québec. Nul doute que plusieurs de ces collisions pourraient être évitées si les jeunes conducteurs avaient une meilleure compréhension des réactions d’un véhicule sur la neige et la glace.
Il existe des cours de conduite préventive à partir d’environ 200 $. Ce n’est pas donné, d’autant plus que la facture de la formation de base oscille maintenant autour de 1 000 $.
Bien sûr, les jeunes peuvent facilement découvrir des techniques efficaces de conduite préventive sur le Web et aller s’y exercer dans un stationnement enneigé. C’est mieux que rien, et le conseil vaut aussi pour les conducteurs plus expérimentés.
Mais comme le tarif du permis de conduire a doublé ces dernières années, pourquoi Québec ne remettrait-il pas une partie des recettes aux écoles de conduite pour qu’elles puissent dispenser une formation hivernale digne de ce nom ?
Vrai, cette hausse a mis fin à un trop long gel de la contribution au régime public d’assurance automobile. Il faut cependant aussi penser à l’avenir : mieux préparer les jeunes aux pièges de l’hiver, c’est assurément une forme de développement durable.